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  • Photo du rédacteurKarine Vienneau

Destin alternatif

Dernière mise à jour : 25 févr. 2023



Il était 13h00, Staline était fidèle à lui-même à cette heure : toujours assis droit dans le divan décrépi du centre d’hébergement. Toujours campé dans son attitude de fier militaire. Il avait pris le monopole de la télécommande, même étant un vieux sans force, il terrorisait et faisait la pluie et le beau temps. Les nouvelles étaient sacrées pour lui. Le salon était presque vidé de sa population.

La préposée aux bénéficiaires venait lui apporter le thé de l’après-midi et son ami était devant son habituelle toile sur sa droite.

Hitler n’écoutait plus les nouvelles depuis longtemps. L’actualité le démoralisait. Hitler prit une gorgée de son thé amer et s’arrêta dans son geste en entendant le vieux Staline s’emporter pour la millième fois. Jurons par-dessus jurons. La retraite n’avait pas adouci son vocabulaire.

Hitler leva la tête vers la minuscule télévision et plissa les yeux. Il ne sut pas vers qui le mécontentement de Staline était dirigé aujourd’hui. Mauvaise politique, enfant perdu, un autre bombardement ou la hausse du prix moyen de l'épicerie. Qui sait ? Cet homme était fou et tout le rendait furieux. Adolf lui maintenant s’en foutait. Il était retraité, bien traité et bien nourris.

-Laisse et viens peindre avec moi, tonna Adolf.

Il était inutile d’attendre une réponse. Staline était captivé par la télévision. Sa seule activité depuis son arrivée dans le centre il y a cinq ans. L'information et le savoir étaient synonnyme de pouvoir.

Après son cachet, Hitler en aurait pour une heure. Une heure qu’il prenait pour lui et son tableau. L’homme avait enfin le temps pour ces choses, ces choses qui l'avaient réellement obsédé. Heureusement, les bases de technique de dessin ne se perdent pas jamais. Même après une vie d'horreur et de crimes.

-Suka Blatz ! sacra Staline.

Hitler observait. Des têtes blanches dans le salon du centre tournaient nerveusement en direction du fou à la télécommande. Les voix devenaient audibles. Les personnes s'agitaient. Aucune d'entres elles comprenaient les sacres russes, mais l'intonnation ne les rassuraient pas. À leur âge, mieux valait continuer à observer le vide.

L’ancien chef d’Allemagne savait que bientôt il allait se calmer, car les médicaments dans son thé feraient effet. De son côté, ses muscles se détendaient. Le sommeil gagnerait la communauté du centre dans peu de temps.

Staline était toujours très agité devant la télévision. Hitler tentait tous les jours de lui changer les idées, de l'inviter à découvrir son artiste intérieur, mais ce dernier était absent, incohérent, complètement absent à sa nature humaine. Beaucoup plus que son jeune temps de didacteur en tout cas.

Hitler déposa son pinceau et alla s’asseoir à côté de lui après s'être balancer doucement sur ses jambes fragiles. Il demanda la question qui le tiraillait depuis un certain temps. Trop longtemps. Il lui demandait s’il regrettait des fois ce qu’il avait fait au nom de ses principes ? Est-ce qu'il regrettait d'avoir pousser le monde vers le précipice pour accomplir son destin ?

Les yeux de Staline étaient absents la plupart du temps, s’allumèrent soudainement. L'homme quitta sa télévision du regard et se tourna vers son vieux confrère. Trois secondes de lucidité traversèrent l'esprit du dictateur.

- J'espère qu'on ne nous servira pas à nouveau des patates en poudre, dit-il froidement.

Hitler soupira. Ainsi se terminaient les plus grands espoirs d'une nation et d'un chef de guerre présomptueux, à combattre le menu du jour d'un centre d'hébergement. Peut-être Staline tellement faim qu'il avait un jour décidé d'avaler le monde entier ?

Hitler retourna à ses pinceaux, car pour lui, c'est ce qui l'avait toujours nourri.



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Karine Vienneau

Ma promesse d'écrivaine est de vous offrir des univers incertains, des émotions exprimées, des personnages en quête de vérité.

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