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  • Photo du rédacteurKarine Vienneau

Survivre au service à la clientèle




Je vous le dis moi, la cliente est une espèce animale très rare, apeurée, inquiète, menteuse et opportuniste. La cliente croit toujours qu’elle va se faire avoir (en général elle a raison), mais lorsqu’elle rencontre une vendeuse honnête comme moé et qui se fout de sa commission ( ce qui est rare, on a tous besoin d’argent, non? ) elle tente par tous les moyens de le faire trébucher. Je ne dis pas littéralement, parce que ça ferait que la politique aurait créé une loi contre ça. Ça existe peut-être déjà ? Sûrement. Enfin bref, la cliente moyen veut voir se tromper l’employée. Pour se dire en elle-même : « Ah ! Ah! Toutes des crosseuses! ». Je dis moyen, mais faut pas prendre ça mal. Quand je magasine, je finis en agresseuse aussi, hein !

Par exemple, l’autre jour, une dame entre dans le magasin. Sandra, ma collègue mémère, m’informe que c’était la cliente de notre meilleure vendeuse- Jeanne. Loin de moi l’idée de compétitionner avec Jeanne-la-championne des ventes, mais étant donné qu’elle n’était pas sur le plancher de vente j’ai décidé de me lancer. J’ai appris vite que malgré son apparence XL, la cliente affectionnait particulièrement le Small pis le extra petit, vois-tu. Dans ce temps-là, je ne proteste pas ! Tu aimes les choses serrées je vais t’en montrer des choses serrées. Point. Après tout, je suis là pour vendre.

Mais la dame me foutait mal à l’aise. Genre, elle sortait de la cabine d’essayage et me regardait à tout coup droit dans les yeux avant même de regarder son propre reflet dans le miroir. Je vois ! Je me dis à moi-même, celle-là est entrain me tester. Que va-t-elle dire cette vendeuse ? Va-t-elle me mentir? Je sais d’avance que je déteste ce morceau, va-t-elle le voir ? Elle ne veut que vendre ! Alors piégeons-là ! C’est ce que je pense qu’elle pense, hein. C’est le genre d’instinct de survie des clientes qui débarquent pis qui parlent contre les maudits vendeurs. Il y a tout un scénario qui se passe dans leur tête sans que je dis quoique ce soit.

Mais je l’ai étudié chaque fois qu’elle venait en magasin celle-là. J’ai regardé ses yeux se dilater lorsqu’elle aimait un morceau et son petit sourire en coin pour me piéger et je disais chaque fois, ce qu’il fallait.

Madame, cela ne vous avantage pas, j’ai dit. Regardez les épaules, que je rajoute tout le temps. Et chaque fois que ses yeux sont sombres, je ne dis pas du tout retirer ça ! J’étais franche, directe et ne mâchais pas mes mots pour être en accord avec sa vision. Il y avait un genre de connexion. Elle me regardait avec violence, je répliquais de la même façon. Depuis, cette femme me salue et me dit que je suis une des rares honnêtes vendeuses qu’elle a côtoyée ! Pfft ! C’est du gros n’importe quoi. Laissez-moi un instant pour me rouler par terre!

Tu l’as sans doute compris, d’un côté on se fait juger pis de l’autre on est malhonnête et encore si nos chiffres ne sont pas là, on se fait virer. Parlons-en de notre pression, lorsque ton supérieur vous réclame pour une rencontre sur vos objectifs de vente. Il est là avec sa petite tablette en papier, pis il essaye dont ben de t’expliquer des pourcentages que l’ordinateur a pitonnés pour lui.

Pourquoi crois-tu ne pas avoir performé aujourd’hui, qu’il me dit. Eh bien, je n’avais plus de small à proposer à Madame XL?! Pis le boss qui soupire. J’ai perdu des ventes faciles. Et le boss n’insiste pas. Il s’est bien que je sois une menteuse née. Je trouve toujours une raison de trafic dans le magasin ou le fameux les clients ne savent pas ce qu’elles veulent.

Il y avait cette cliente qui me dit j’aimerais avoir une camisole blanche pour agencer avec ma jupe. Moi de lui demander si elle a la jupe avec elle. Non, qu’elle me répond, mais il y a un peu d’orange, de vert, de gris, de bleu, de noir, de blanc et avec des petits nœuds roses, des froufrous dans le bas… Pis elle continue comme ça, à me décrire quasiment sa garde-robe. Après qu’elle finit son monologue, je me dis tien, le blanc est une couleur neutre qui s’agence avec tout, mais je n’en ai aucune en magasin. La jupe a le potentiel pour plusieurs autres couleurs, faque j’y montre du vert ou de l’orange sans design sinon son petit kit va donner mal au coeur.

Ben elle n’en veut pas. Elle veut du blanc. Pis elle me dit en plus de ça qu’elle n’aime pas beaucoup les couleurs que l’orange ne lui va pas bien au teint. Pis le vert ? Le vert donne l’air malade, le gris c’est triste, le noir c’est déprimant, pis à me remet ça pendant dix minutes.

Quand je te dis qu’elles ne savent pas ce qu’elles veulent, ça c’est une image très simpliste de la réalité. Qu’est-ce que je fais dans ce temps-là ? Eh bien! Vous lui vendez une autre jupe et trois autres hauts pour s’agencer avec! Bang! Si elle proteste, rappelons-lui comment c’est dur d’agencer une jupe !

Enfin, on aime la vente ou non, mais il faut aimer les gens! Les gens qui nous piège, nous insulte, nous renvoi pas notre sourire, nous mente au lieu de nous dire clairement ce qu’elles veulent. Oui! Comprends-tu comment ça fait mal de ne pas être traité en être humain ? Même si le magasinage par Internet existe, les plus folles continuent le magasinage en vrai.

On écoute les gens nous autres. On est comme des thérapeutes pis votre meilleure amie a un prix abordable. Pas pis deal, non ?

Vous avez de l’aide dans la cabine, vous avez notre avis sur tout pis pas comme votre infâme amie qui vous dégrade à tout bout de champ ! On connait notre marchandise pis les styles, on comprend comment vos yeux s’arrêtent sur un maudit beau morceau de linge pis on connait vos pensées drettes-là. On est là aussi pour sécher vos larmes quand vous magasinez pour vos habits de funérailles. Nous sommes là. Pis moi je survis au service à la clientèle, cibole !


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Karine Vienneau

Ma promesse d'écrivaine est de vous offrir des univers incertains, des émotions exprimées, des personnages en quête de vérité.

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